L’Area Jeune Ballet au Musée d’art et d’histoire

Un soir au musée.

Le jeudi 24 septembre, quarante et un danseuses et danseurs de l'Area Jeune Ballet ont investi quatre salles du Musée d'art et d'histoire de Genève. Au cœur d'« Observatoires », la carte blanche confiée par le musée à l'artiste John M Armleder, ils ont présenté quatre performances imaginées par Guillaume Siard. Une soirée préparée depuis la rentrée, où la danse, l'art contemporain et un public parfois venu par hasard se sont rencontrés.

Lac LémanRhôneArve Vieille-VilleJet d'eauPlainpalais
Dance AreaRue de la Coulouvrenière
Musée d'art et d'histoireRue Charles-Galland 2

Trois mondes, une soirée

Vous connaissez Dance Area pour ses cours. Dans les couloirs de la Coulouvrenière, vous avez peut-être croisé ces jeunes danseuses et danseurs de 17 à 22 ans. C'est l'Area Jeune Ballet, la formation supérieure de l'école. Entrés sur audition, ils y passent deux ou trois ans à apprendre le métier, avec des chorégraphes renommés ou émergents, jusque sur des scènes en Europe. Beaucoup d'anciens dansent aujourd'hui dans des compagnies à travers le monde.

Le Musée d'art et d'histoire, lui, est l'un des grands musées de Genève. Pour « Observatoires », il a donné carte blanche à John M Armleder, figure de l'art contemporain associée au ready-made. Dans les salles, l'artiste a notamment dressé un échafaudage de chantier, transformé en poste d'observation.

Le 24 septembre, le MAH a ouvert ses portes à l'Area Jeune Ballet, et ces trois mondes ont partagé la même soirée.

Guillaume Siard, répétition du 23 septembre

Sortir du studio

À l’origine de la soirée, il y a Guillaume Siard, codirecteur de Dance Area, qui dirige l’Area Jeune Ballet. Pour lui, l’enjeu dépasse la performance.

« Je pense que ce qui est important, c’est de rencontrer des œuvres, de sortir des studios de danse, de sortir des théâtres et d’aller à la rencontre du public au travers de champs artistiques différents. »

Et d’ajouter :

« On voit beaucoup de choses sur Internet, on voit beaucoup de choses sur les réseaux sociaux, et je pense qu’on a besoin de choses réelles, vivantes […]. Pour moi, c’est extrêmement important pour des jeunes danseurs aujourd’hui. »

Le défi n’était pas évident. « Ce sont des univers qui sont parfois opposés, parce que John Armleder, il fait partie de cette vague du ready-made où parfois il suffisait de poser un objet dans un espace d’art pour que ça devienne un objet d’art. Nous, on vient réfléchir, composer, écrire une danse », explique le chorégraphe. « Les couleurs nous inspirent, parfois la spontanéité aussi de ces œuvres-là nous inspire. Et donc on confronte un peu les règles de notre art avec les règles de celui-là. »

Regarder d'abord, danser ensuite

Le travail a commencé dès la rentrée, dans les studios de la Coulouvrenière puis dans l’enceinte du musée. D’abord une visite de l’exposition, « avec un explicatif presque didactique, très pédagogique, pour qu’on comprenne la démarche du créateur ». Puis un pas de côté. « J’ai voulu qu’on s’en distancie un petit peu, qu’on regarde une couleur, qu’on regarde une forme, qu’on tisse notre histoire de spectateur d’abord, avant d’être celle du danseur, sans être influencé par le propos. »

Visite de l’exposition, 2 septembre

De ce regard est née la matière chorégraphique. Une création en dialogue avec l’exposition, mais aussi avec les élèves : chacune et chacun y a apporté son énergie, sa force. Répartis en quatre groupes, ils ont construit quatre pièces, chacune sur une musique différente.

Répétition au musée, 23 septembre

Danser avec un échafaudage

L'escalier de l'échafaudage vu en enfilade
Répétition, 23 septembre

Malo Wurffel a vingt ans, il est en deuxième année. « Pour moi, c'est la première fois que je danse dans un musée. C'est intéressant parce qu'on est mélangé avec toutes les autres formes d'art. Et on a toujours un peu l'habitude d'être sur un plateau ou sur une scène. »

Danseurs au pied de l'échafaudage, public assis au sol
Soirée, 24 septembre

Son groupe a hérité de l'escalier et de l'échafaudage. « On a commencé à créer dans une autre pièce. Du coup, on a dû tout changer avec justement le décor, et danser un peu pour l'échafaudage. » Aujourd'hui, la structure est leur terrain de jeu : « On est toujours en train de jouer justement à monter, descendre les escaliers, ou à grimper et s'accrocher aux barres de l'échafaudage. »

Une danseuse accrochée aux barres de l'échafaudage
Soirée, 24 septembre

Chez Armleder, c'est un détail qui l'a marqué : « Cet artiste utilise beaucoup d'objets du quotidien pour en faire une œuvre d'art. Et c'est un peu ce qu'on essaie de faire justement avec l'échafaudage. »

Une danseuse appuyée sur une barre de l'échafaudage
Soirée, 24 septembre

La veille, la répétition se fait sur place, entre concentration et trac. Chacun prend ses repères. Une ligne sur un tableau d'Armleder devient un point d'appui essentiel. Tout prend une autre signification.

Danseurs la tête en bas dans l'échafaudage
Répétition, 23 septembre

Quatre salles, quatre mondes

Jeudi, 19 heures. Sous la rotonde du hall, une boule à facettes jette ses éclats sur le marbre. Le public, réparti en groupes, va parcourir les quatre salles, une quinzaine de minutes dans chacune. Les danseurs, eux, restent dans leur salle et dansent à nouveau pour chaque groupe.

D’une salle à l’autre, l’atmosphère change. Des corps en blanc le long d’une longue table blanche. Des danseurs alignés sous les hautes fenêtres cintrées. Un duo sur un sol en mosaïque. Un porté en jaune et vert. Des danseurs autour de sculptures. Et l’escalier, l’échafaudage, où le groupe de Malo grimpe et se suspend. Quatre couleurs, quatre musiques, quatre rythmes.

Quand la musique se retire, on entend ce qu’un spectacle couvre d’habitude : les respirations, les pas, le frottement des vêtements, le métal sous les mains. Sans scène ni fauteuils, le public ne regarde plus seulement une danse. Il la partage.

Soirée du 24 septembre

Ce que le public emporte

Il y a ceux qui savaient ce qu’ils venaient voir, et ceux qui étaient là par hasard. Sur les visages, la même suite : la surprise, l’attention, puis on se laisse embarquer.

Entre deux salles du Musée d’art et d’histoire, une employée de la sécurité s’arrête près du photographe. « Oh wow, c’est beau, je m’attendais pas à voir une telle chose aujourd’hui au travail. »

C’est exactement ce que Guillaume Siard espérait.

« On veut leur donner le goût de la danse, le goût de l’art contemporain, et puis leur montrer qu’il n’y a pas de frontières entre les arts », disait-il la veille. « Et je veux qu’ils rentrent chez eux en se disant qu’ils n’ont pas tout compris, mais en tout cas tout bien ressenti. »

L’employée de la sécurité n’avait rien cherché à comprendre. Elle faisait son travail. Et elle a ressenti.

Malo, lui, voulait que le public reparte avec une idée simple :

« Peu importe la musique et peu importe l’endroit, on peut danser et laisser son corps parler. »

Le 24 septembre, au milieu des œuvres d’un musée, quarante et un jeunes danseurs l’ont montré.

Photos et vidéos © René Torres

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